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Moudenc-Bouche : le « François Hollande nouveau » est arrivé ?

François Hollande lors de sa conférence de presse des 6 mois.Hier, François Hollande a donné la première grande conférence de presse de son quinquennat. Un exercice difficile, auquel le chef de l’Etat s’est frotté pendant près de deux heures devant quatre cent journalistes. Après avoir défendu l’action accomplie au cours de ces six premiers mois, le Président de la République a répondu aux questions de la presse. Parmi les nombreux sujets évoqués, le chômage, la dette, l’Europe ou encore la méthode de gouvernance. Jean-Luc Moudenc, président de l’UMP31 et Joël Bouche, Secrétaire Fédéral aux Elus du PS en Haute-Garonne, ont suivi la conférence avec la plus grande attention. Pour Toulouse Infos, les deux responsables politiques décryptent les moments forts de cette allocution et dressent un premier bilan de la nouvelle présidence.

 

Toulouse Infos: « Depuis six mois, j’ai fait des choix sans avoir eu à prendre de virages, car ces choix sont conformes à mes engagements »…

Jean-Luc Moudenc: Là, je crois qu’il ment. Surtout quand je l’entends dire que priorité était mise sur les trois défis majeurs de la réorientation européenne, de la réduction de la dette et de la compétitivité. Je n’ai pas souvenir qu’il ait particulièrement insisté sur ces thèmes durant sa campagne. Sur l’Europe par exemple, il avait dit vouloir revoir le traité budgétaire. Il l’a finalement adopté. François Hollande n’assume pas le virage qu’il est en train de prendre.

Joël Bouche: Ce qu’il dit est vrai. Un virage, mais un virage par rapport à quoi ? Les impératifs restent les mêmes, tout comme les analyses. Ce qui était imprévu n’est pas la situation économique de la France, mais son ampleur. François Hollande a du mettre en place des mesures de réparation relatives aux dégâts causés par la majorité précédente. Il n’y a ni virage ni changement de politique, mais simplement une inflexion.

 

T.I: « Concernant la lutte contre la désindustrialisation et les plans sociaux, le gouvernement a répondu du maximum qu’il a pu »…

J-L.M: Le gouvernement a été actif, on ne peut pas dire le contraire. Arnaud Montebourg est souvent monté au créneau. Mais pour quel résultat ? L’exemple local de Sanofi montre que cela n’a rien donné, faute de réformes structurelles. On a l’impression de pompiers arrivant sur un feu et repartant dans l’autre direction pour se dépêcher d’en éteindre un autre.

J.B: Je partage le jugement de François Hollande. Pourtant, c’était difficile. Surtout quand François Fillon reconnait que des plans sociaux ont été mis sous le coude pour ne pas gêner la campagne de Nicolas Sarkozy. On parle toujours des emplois détruits. Mais ce qu’il faut voir dans l’action du gouvernement et d’Arnaud Montebourg, c’est aussi ceux qui ont été sauvés.

 

T.I: « Le taux de 10% de TVA dans la restauration correspond au niveau moyen en vigueur dans les autres pays européens »…

J-L.M: Sur ce point, je constate simplement une contradiction. François Hollande avait revendiqué l’écoute et l’implication des partenaires sociaux pour orienter les décisions du gouvernement. Cette méthode n’a pas été appliquée à ce secteur. La TVA à 10% a été imposée à la restauration.

J.B: C’est une réalité. Il fallait bien trouver des marges de manœuvre et le cadeau fiscal qui avait été fait aux restaurateurs n’a visiblement pas porté ses fruits. Cette TVA ciblée est plus juste. La TVA passe de 19,6 à 20%, mais en compensation, celle sur les produits de première nécessité baisse de 5,5 à 5%. Il n’y a pas que de la hausse, ce qui prouve qu’on va vers un ajustement équitable.

 

T.I: « Jean-Marc Ayrault est un homme loyal, sérieux, qui sait ce que décider et diriger veut dire »…

J-L.M: Je suis plutôt d’accord avec cette description. Par contre, il n’a aucune expérience à la tête de l’Etat ou dans un gouvernement. Savoir le diriger, j’espère qu’il sait ce que ça veut dire. Ce n’est en tout cas pas l’impression qu’il a donné. Son autorité n’est pas assise.

J.B: Si j’observe les premières mesures mises en place, j’abonde dans ce sens-là. Sa capacité de décision a été prouvée lors de son mandat municipal à Nantes. Son expérience de chef du groupe socialiste à l’Assemblée également. Jean-Marc Ayrault est un bon choix. J’avais moi-même pronostiqué sa nomination, il était de mon point de vue le mieux à même d’occuper le poste de Premier ministre.

 

T.I: Au niveau de ses discours et dans celui-ci particulièrement, l’un des gros problèmes de François Hollande n’est-il pas un manque criant de charisme ?

J-L.M: Pas vraiment, je l’ai plutôt trouvé assez punchy et plus volontariste dans le ton. En revanche, on ne sait jamais si ce qu’il dit est ce qui va être fait. C’est un homme qui a du mal à inspirer la confiance et à susciter ce que j’appelle l’adhésion positive. Je pense qu’il tourne largement le dos à sa campagne électorale. Logiquement, ce virage introduit un doute.

J.B: Non, le charisme est là. François Hollande est quelqu’un de posé, attentif et lucide sur la situation. Le Président de la République m’a paru très à l’aise et sûr de ses engagements. Il a été dans le droit fil des primaires socialistes et de la campagne présidentielle, avec des choix clairs, maintenus et assumés. Il a de nouveau montré qu’il ne tergiversait pas.

 

T.I: Comment jugez-vous les six premiers mois du quinquennat de François Hollande ?

J-L.M: La posture n’est plus la même par rapport à celle des premiers mois. Nous avions un président en retrait, en demi-teinte, qui s’était attaché à détricoter de manière assez systématique de ce qu’avait fait son prédécesseur. Avec notamment, un choix de matraquage fiscal inopportun dans la situation actuelle. Mais depuis quelques temps, nous avons un nouveau François Hollande. Un chef d’Etat qui se met en avant et essaye de montrer qu’il tient la barre du navire. C’est un changement de cap, dont le rapport Gallois est l’indéniable tournant. Il y a trois semaines, le président avait dit que ce rapport n’engagerait pas son gouvernement. Hier soir, il a déclaré que s’il l’avait commandé, c’était bien pour l’appliquer. Sa logique économique est totalement nouvelle et ne correspond en rien aux débuts de son mandat. L’intérêt de la France serait qu’il garde ce nouveau cap, mais l’incertitude est totale quant à sa tenue.

J.B: Je juge ces premiers mois avec beaucoup de fierté par rapport aux engagements tenus. Je suis également admiratif du respect observé à l’égard des français et de leurs différentes sensibilités. Le vote des étrangers aux élections locales et le mariage homosexuel en sont les parfaites illustrations. Je suis aussi fier du comportement de François Hollande, qui démontre sa résistance à la tentation des sondages et à la pression médiatique. A la différence de Nicolas Sarkozy, il choisit son temps et ne le subit pas. Il impulse lui-même le rythme de son action, qui est tout à fait adapté à la situation. Si tout le quinquennat se déroule ainsi, il n’y a pas d’inquiétude à avoir quant à sa réélection en 2017.

 

Propos recueillis par Christophe Guerra

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