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Paléficat: des toulousains expropriés pour presque rien

Christian Bedel qui est sous le coup d'une expropriation au rabais va se battre.Ce quartier du nord-est de Toulouse, d’ordinaire paisible, est aujourd’hui sur les dents. Des terrains sont menacés d’expropriation par la Communauté urbaine du Grand Toulouse. Les indemnités proposées sont vingt à trente fois inférieures aux prix du marché. Scandalisés, les habitants s’organisent et dénoncent une « escroquerie ».

 

« En l’absence d’accord de votre part, dans un délai d’un mois, la procédure d’expropriation sera mise en œuvre. » Voici les termes d’un ultimatum adressé en juin dernier à plusieurs propriétaires, par simple courrier. En fait, la ville constitue une réserve foncière pour pouvoir réaliser le « bun », le boulevard urbain nord. En compensation, Toulouse rachète les parcelles mais paie seulement 15 ou 25 euros le mètre carré. Du « vol étatisé » pour Sylvie Roussel, riveraine de l’impasse Alexis de Toqueville. « Mon terrain, je ne l’ai pas volé. Ce n’est pas à moi à supporter le coût de sa viabilisation. Je ne demande pas 3000 euros, mais un juste milieu. Hors de question de me faire avoir ». La jeune propriétaire, vice-présidente de l’association Vivre à Paléficat, précise que « personne ici ne s’oppose d’ailleurs à l’urbanisation. Mais ces gens, qui ont travaillé ces terres au prix de leur santé, veulent juste être indemnisés correctement. C’est la moindre des choses ». Christian Bedel est lui aussi sous le coup d’une expropriation au rabais. « Mon père et moi avons travaillé dur et fait des sacrifices. Ces terres maraîchères ont fait vivre des gens pendant des années. Qu’on ne nous dise pas qu’elles ne valent rien » enrage t-il.

 

Outre le prix, les méthodes

« On a signifié à une grand-mère de 80 ans que son fils devait quitter la propriété. Abadie, une entreprise de charpente gérée par ce dernier, se fait totalement exproprier. On déracine des gens ancrés et attachés à leurs terres » s’indigne Sylvie Roussel. « Ici, tout le monde se connait, s’entraide dans un vrai esprit de village. Ce plan d’urbanisme, sans aucune concertation avec nous, le met en péril ». Chez Mme Terrassier, c’est une route qui va carrément couper son jardin en deux. La riveraine parle d’un véritable « saccage ». « Je suis ici depuis mes quinze ans. Lorsque vous recevez une lettre comme ça, cela vous fait mal au cœur. Nous y avons travaillé toute notre vie. C’est se foutre de nous ». Christian Bedel s’est lui toujours vu refuser le droit d’aménager sa propriété, pour non-constructibilité. Or sa parcelle, reliée au gaz, au téléphone, à l’électricité et au total-égout, semblait viable. « Bizarrement, pour eux, le terrain est désormais constructible. L’oxygène, les arbres, la pureté de l’eau, tout cela ne sera plus pareil » rumine t-il, avant de poursuivre. « Il faut savoir que le Plan Local d’Urbanisme ne prévoit que 30% de logements sociaux. Le reste va dans la poche des promoteurs. On joue avec notre argent. »

 

Les expropriés vont se battre

Dès septembre, les évènements devraient s’accélérer. Le dialogue avec la Communauté urbaine du Grand Toulouse est lui aujourd’hui rompu. L’association étudie actuellement tous les recours légaux possibles, notamment celui du tribunal des expropriations. Des pourparlers sont en cours avec un cabinet d’avocats parisien. Au préalable, les propriétaires procèdent à un état des lieux du quartier. Qui a déjà vendu, qui compte le faire, combien coûte le mètre carré ici et là… A la rentrée, Vivre à Paléficat entrera en contact avec une association qui travaille sur d’autres expropriations prévues dans la région toulousaine. Tout ceci va permettre de solidifier le dossier. « Les habitants de Paléficat qui ne sont pas concernés par la réserve foncière s’inquiètent eux aussi pour le devenir du quartier. Ils nous soutiennent. Pour l’instant, nous sommes une dizaine de propriétaires prêts à s’associer pour aller collectivement devant la justice » indique la vice-présidente. Christian Bedel, lui, a déjà prévenu les responsables. « Si je n’obtiens pas la revalorisation du prix proposé, je plante la tente et je fais la grève de la faim. » Symbole d’une détermination sans faille ni concession.

 

Christophe Guerra

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