Accueil Opinions Julien Faessel Les Verts toulousains et midi-pyrénéens vont vivre une « longue traversée du désert »

Les Verts toulousains et midi-pyrénéens vont vivre une « longue traversée du désert »

De gauche à droite : Gérard Onesta, Antoine Maurice, Michèle Bleuze, Catherine Jeandel et François Simon. Et maintenant ? Voici la grande question que doivent se poser nombre de militants verts de l’agglomération toulousaine, pour qui les élections de 2014 ont dû avoir un arrière-goût de cendres. Le système électoral en vigueur est manichéen à l’extrême, il n’y a pas de demi-mesure. Ceci explique que malgré un score très faible, les Verts toulousains pouvaient espérer gros, et au contraire, malgré de très bonnes performances, les Verts de Colomiers, Plaisance du Touch, Saint Lys et Ramonville se retrouvent sans rien…

 

Au vu de l’engagement et de l’énergie déployés, ce résultat peut paraître cruel. La lassitude et la démotivation auront (ou ont déjà eu) raison d’une partie des faibles troupes militantes vertes. L’amputation sévère du réseau d’élus locaux dans la région va plomber des finances déjà fragiles, et va priver nombre de groupes locaux de locomotives essentielles. En effet, le militant vert est volatile, il a une durée de vie au sein du parti généralement comprise entre 2 et 4 ans. Un élu au contraire est tenace, il résiste et reste (souvent dans l’optique d’être réélu), fournissant une colonne vertébrale à des groupes souvent petits.

Si en ville l’argent et le pouvoir font que les élus peuvent s’organiser et pénaliser le groupe en défendant leurs intérêts personnels, à la campagne, être élu est un sacerdoce, surtout quand on est écologiste. EELV manquant cruellement de cadres, la diminution du réseau d’élus locaux fragilise durablement le parti. Cela peut sembler paradoxal puisque le désastreux accord avec le PS en vue du partage du gâteau de l’après Sarkozy avait laissé craindre une PRGisation d’EELV, à cause du déséquilibre causé par le poids des élus en interne d’un parti qui perdait ses adhérents par milliers. Mais après avoir perdu ses militants, les Verts ont perdu énormément d’élus, la présence gouvernementale a été un échec, alors que l’activité des parlementaires verts est croquignolesque.

 

Une perte de militants

Dans ce marasme cela va être difficile de garder une dynamique localement. La perte du salarié va faire peser une lourde charge administrative sur les responsables toulousains, ce qui risque d’entraîner une dynamique de gestion au détriment de l’action. J’avais personnellement été victime de ce phénomène insidieux, invisible mais très puissant, qui pénalise voire est fatal à nombre de petites structures et d’associations. Ce temps mort de plusieurs années va probablement conduire à un pédalage dans le vide qui épuisera puis cramera les militants les uns après les autres. Ceux actifs actuellement sont de la génération 2011, dans le cycle classique ils sont à maturité, leur fin peut être programmée pour 2015-2016. Le problème étant que depuis 2012 les nouvelles adhésions sont en chute libre, la période 2016-2018 risque donc d’être caractérisée par un déficit de militants d’expérience ayant suffisamment la foi pour faire le sale boulot (gestion interne, campagne présidentielle et législatives, etc) et encadrer les nouveaux. Ceux qui se voyaient diriger la ville vont tenter de maintenir leur position en vue d’une opportunité future. Mais il n’y a rien de plus nocif qu’un politicien oisif, surtout dans un parti qui aime se déchirer sur la troisième décimale d’une mesure inapplicable à mettre dans un illusoire programme de gouvernement. Sachant qu’apparemment les Verts toulousains estiment avoir fait une bonne campagne pour les municipales, avec une bonne tête de liste et des documents de qualité (en particulier la profession de foi et le bulletin de vote…), et que tout est de la faute d’Elisabeth Belaubre, l’attente du grand matin vert risque pour eux d’être long.

 

Sénatoriales : « rien à espérer dans le sud-ouest »

La débâcle des Municipales a toutefois eu le mérite de simplifier la donne pour les Sénatoriales. Les jeux sont faits, la droite gagne et reprend le palais du Luxembourg. Sans grands électeurs, les Verts n’auront rien à négocier. Peut-être que dans les rares départements ont ils ont tout de même réussi à se renforcer, le PS leur laissera une place sur des listes d’union de la gauche, mais rien à espérer dans le sud-ouest. Faibles tactiquement, les Verts locaux en payent le prix fort lors ces élections en cascade de 2014 (Municipales, Communautaires, Sénatoriales). Cela douche les ambitions des candidats de toujours, qui croyaient qu’enfin, 2014 serait leur tour. Cela aura le mérite d’éviter des faux espoirs, des psychodrames internes et des guerres d’égo qui n’intéressent personne.

 

« EELV Languedoc-Roussillon est réellement un mouton noir »

Chantres de la réforme des régions, les Verts locaux risquent là aussi de sortir perdant de l’incompréhensible, inutile et probablement contre-productif projet du duo comique (à en pleurer) qui dirige le pays. Même si j’ai pu mettre en avant ces derniers mois des dérives de certaines figures vertes locales, force est de reconnaître que Midi-Pyrénées fait figue d’enfant de cœur à côté de Languedoc Roussillon au sein d’EELV. À croire que les mauvais côtés du fréchisme ont été contagieux, ce qui n’est pas surprenant au vu de l’armada d’anciens socialistes qui se recyclent régulièrement chez les Verts.

Entre les règlements de comptes virant à la purge stalinienne dans le Gard (au grand bénéfice du FN), les dérives communautaristes et un système semi-industriel de fausses adhésions dans l’Hérault, EELV Languedoc-Roussillon est réellement un mouton noir dont les pratiques risquent de scandaliser en Midi-Pyrénées. Accessoirement, une fusion régionale conduirait à une fusion des Conseil Régionaux, donc à partager les rares places disponibles. Et entre des scores électoraux en baisse et un PS moribond, cela signifie probablement la perte d’au moins 10 conseillers régionaux Midi Pyrénéens sur 15 et donc l’impossibilité pour les Verts d’Ariège, de Hautes Pyrénées, du Gers, du Tarn et Garonne, du Lot et d’Aveyron d’avoir des élus régionaux. Face à l’hydre languedocienne, seuls Toulouse et Albi peuvent espérer sauver leurs élus régionaux, si le PS gagne… Notre voisine de l’est étant bien plus à droite et le PS y étant morcelé, il existe un risque non négligeable que la région Midi-Languedoc bascule à droite, et là, même pour les verts toulousains, il n’y aurait plus de places. Dans tous les cas de figure, ils risquent de se faire manger tout crus en cas de fusion des régions.

Ce qui attend les Verts locaux est donc une longue traversée du désert, une très longue traversée.

 

Chronique signée par Julien Faessel, ancien secrétaire d’Europe Ecologie les Verts à Toulouse que vous retrouverez un jeudi sur deux sur Toulouse Infos ou sur son blog http://julienfaessel.wordpress.com/.


La rédactionhttps://www.toulouseinfos.fr
Pierre-Jean Gonzalez, rédacteur en chef de toulouseinfos.fr a collaboré avec de nombreux médias avant de prendre la direction du site toulousain, qui existe depuis 10 ans.

1 COMMENTAIRE

  1. Espoir à leur origine de faire de la politique différemment, les Verts se sont vautré dans les pratiques politiciennes les plus répugnantes (arrivisme, carriérisme, conflits permanents,…). Ils payent à juste, aujourd’hui, toutes ces dérives ! Qui peut encore leur faire confiance ?

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