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Un nouveau concept de capteur pour détecter des molécules d’intérêt médical et agroalimentaire

L’agroalimentaire et la médecine sont toujours à la recherche de méthodes plus efficaces pour détecter des biomolécules. Pour répondre à ces besoins, un nouveau concept de capteurs miniaturisés vient d’être mis au point par des chercheurs du LAAS-CNRS et de l’Université Toulouse III  – Paul Sabatier, en collaboration avec la société HEMODIA spécialisée dans le développement de dispositifs médicaux. Ces capteurs peuvent mesurer dans une solution la concentration d’une gamme de molécules telles que le glucose, le lactate ou le glutamate pouvant servir à établir des diagnostics médicaux ou présentant un intérêt pour l’industrie agroalimentaire. Ce dispositif, appelé ElecFET, associe, pour la première fois, un microcapteur d’acidité et une microélectrode métallique présentant sur sa surface une enzyme spécifique à la molécule recherchée. L’avancée technologique est liée à l’imbrication de ces deux composants à l’échelle micrométrique sur une puce électronique en silicium. Ces travaux sont publiés le  08 novembre  2012 dans la revue  Biosensors & Bioelectronics.

L’ElecFET (transistor électrochimique à effet de champ) repose sur une réaction chimique entre la biomolécule recherchée et une enzyme de la famille des oxydases capable de la dégrader. La surface de la microélectrode du dispositif présente une couche enzymatique spécifique de la molécule recherchée. Lorsque la molécule s’approche de l’électrode, l’enzyme la capture et la dégrade. Cette réaction produit du peroxyde d’hydrogène, mieux connu sous le nom d’eau oxygénée (H2O2). Le peroxyde est alors oxydé sur l’électrode grâce à une polarisation électrique adaptée, ce qui libère des ions hydroniums H3O+ et entraine une augmentation de l’acidité au voisinage de l’électrode. C’est ce pic d’acidité que le microcapteur de pH associé au dispositif détecte. Ainsi, en fonction de la chute de pH mesurée, l’ElecFET détermine la concentration de la molécule étudiée.

Au-delà du concept innovateur, l’ElecFET constitue une avancée technologique car elle permet, dans un volume extrêmement restreint (inférieur au microlitre), de dégrader la molécule recherchée, de contrôler l’oxydation du peroxyde ainsi produit et de mesurer la variation locale de pH associée. En cela, il est nécessaire que l’imbrication de l’électrode et du capteur pH se fasse à l’échelle micrométrique. Ces deux composants sont finalement intégrés sur une puce silicium, ce qui rend le dispositif compatible avec les technologies de la microélectronique.

L’ElecFET permet de détecter des molécules dans différentes gammes de concentration qui vont de la micromole à la mole par litre (1). L’avantage de ce système par rapport aux technologies actuelles est lié au contrôle potentiel de la réaction: en modifiant la polarisation de la microélectrode, il est possible de changer la gamme de détection du dispositif, et de pallier ainsi à une possible trop faible activité de l’enzyme utilisé. Testé par les chercheurs pour la détection du glucose, du lactate et du glutamate, le dispositif ElecFET a démontré une précision de mesure comparable à celle des technologies actuelles.

De nombreuses applications en médecine et dans l’agroalimentaire sont envisageables avec l’ElecFET. Par exemple, connaître la concentration en glucose dans le sang, ce qui est vital pour les patients diabétiques. Le lactate, que l’on retrouve dans la sueur, est un marqueur du stress physiologique qui décrit, par exemple, l’état de fatigue d’un sportif. Le glutamate est un neurotransmetteur excitateur du système nerveux central dont l’analyse en continu est nécessaire pour le diagnostic de différents désordres neurologiques tels que la maladie d’Alzheimer. Sur le plan de l’agroalimentaire, le lactate est un marqueur de tous les procédés basés sur la fermentation lactique, tandis que le glutamate est un vecteur du goût umami (2). L’éventail de molécules détectées par l’ElecFET pourrait finalement être élargi à l’ensemble des enzymes de la famille des oxydases, ouvrant de nombreuses potentialités d’application.

La rédactionhttps://www.toulouseinfos.fr
Pierre-Jean Gonzalez, rédacteur en chef de toulouseinfos.fr a collaboré avec de nombreux médias avant de prendre la direction du site toulousain, qui existe depuis 10 ans.

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