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Syrie : « le conflit est en train de devenir religieux »

Manifestation de l'Union des Étudiants Syriens Libres de Toulouse contre le régime en place. Alors que les 15 pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU se sont mis d’accord pour exiger de Damas un meilleur accès humanitaire en Syrie, nous avons rencontré Kreit Amjad, de l’Union des Étudiants Syriens Libres de Toulouse qui revient sur la situation en Syrie et sur le comportement du gouvernement français.

 

Toulouse Infos : Depuis quand êtes vous en France et quels sont vos liens avec la Syrie ?

Kreit Amjad : J’ai tout d’abord étudié à l’université d’Alep avant de débarquer en France en 2006 en tant qu’étudiant. À partir de 2012, la Syrie m’a rappelé au pays pour mon service militaire, mais aussi, car les services de renseignement syriens me voulaient à cause des mouvements de protestation contre le régime en place que j’organisais depuis Toulouse. C’est pour cela que j’ai le statut de réfugié politique, principalement à cause de l’union étudiante et des mouvements que nous organisons.

T.I: Vous avez de la famille en Syrie ?

K.A : Ma famille est toujours dans le golfe, mes parents ont réussi à fuir récemment en Arabie Saoudite mais trois de mes frères sont eux toujours bloqués là-bas. Il est très difficile de les joindre car le téléphone portable passe mal et internet a été coupé dans la ville où ils sont depuis 2 mois. Après, j’essaye de les aider et leur faire parvenir des fonds via l’Union des Étudiants syriens à Toulouse.

T.I: Que fait l’Union des Étudiants Syriens Libres à Toulouse pour lutter contre le régime ?

K.A : Nos activités principales consistent à faire entendre notre mécontentement face au gouvernement syrien actuel via des manifestations, la plupart du temps sur la place du capitole. Nous cherchons aussi à récolter des fonds afin de les envoyer aux réfugiés syriens qui sont en Turquie. Nous tentons de trouver différentes idées originales afin de récolter ses fonds, nous avons par exemple organisé des soirées repas qui nous ont permis de récolter jusqu’ à 4000 euros, et lors des manifestations, nous tentons de proposer à la vente des créations. Le but est de pouvoir soutenir les réfugiés qui, exilés de chez eux, sont en grande précarité. Pour ce qui est de transférer l’argent là-bas, nous utilisons des réseaux de personnes privées de confiance qui s’occupent de faire circuler l’argent de compte en compte jusque là-bas.

T.I : Que pensez-vous de la position de la France ?

K.A : La France essaye d’aider le peuple syrien face à Bachar el-Assad, mais seule, elle ne peut rien. Les États-Unis jouent à présent un double jeu et bloquent toute intervention. Donc la France se retrouve comme la Turquie incapable de faire d’opérations efficaces du fait du manque d’unité dans les projets face à la crise Syrienne. Ils désapprouvent ce qui se passe, mais ne peuvent pas vraiment agir. De plus, la rébellion est en train de s’envenimer, car il y a d’un coté les rebelles modérés contre le gouvernement d’El Assad et de l’autre des jihadistes d’Al-Qaïda. Ces derniers ont de plus en plus de moyens et sont de plus en plus nombreux. Une partie de ma famille qui est sur place m’informe sur le sujet et s’en inquiète car ce n’était pas religieux à la base et ça le devient. De plus, ils font régner une certaine terreur sur les territoires où ils sont, ce qui n’arrange pas vraiment les choses. À la base nous avions un problème seulement avec le régime qui depuis 2000 a commencé à enfermer toutes les personnes qui s’opposaient et de nombreux assassinats étaient orchestrés. De plus, en 2008 une grande vague de massacres dans les prisons a été organisée par El-Assad, qui est pire que son père.

T.I : Et pour ce qui est de la presse ?

K.A : Globalement, la presse en France essaye de donner les deux points de vue et essaye de rapporter la vérité. Mais parfois on tombe quand même sur des articles qui sont « étranges ». Mais c’est largement mieux que la presse du Moyen-Orient. Là-bas, ils sont tous pour El-Assad et contre les mouvements de protestation. L’Égypte, avec les soucis qu’elle a par exemple, s’oppose au conflit, et les autres pays aussi. Aucune presse n’est libre là-bas. Je tiens à préciser aussi que c’est pareil pour les Syriens, il est très dur de nos jours d’avoir un visa pour aller dans un autre pays du golfe depuis la Syrie, nous sommes tous vus à présent comme des rebelles jihadistes qui veulent étendre la révolution syrienne dans d’autres pays.

T.I : Et comment voyez-vous le futur de ce conflit ?

K.A : Je pense que le dénouement le plus probable à venir sera une explosion étatique. Jamais les deux camps n’arriveront à se mettre autour d’une table afin de trouver un accord. Précisons que pour 30% du pays qui est pro El-Assad, tout se passe bien, l’ambiance dans les villes est comme à Toulouse, il n’y a pas de conflit. C’est pour les 70 autres pour cent qu’il y a un problème, et c’est pour ça que je pense que le pays risque de se séparer en deux, c’est en tout cas ce qui est en train de se produire de plus en plus.

 

Propos recueillis par François Nys

La rédactionhttps://www.toulouseinfos.fr
Pierre-Jean Gonzalez, rédacteur en chef de toulouseinfos.fr a collaboré avec de nombreux médias avant de prendre la direction du site toulousain, qui existe depuis 10 ans.

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