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Salon Sisqa : l’agriculture locale au-delà des bons mots du ministre

Salon SisqaToute la journée d’hier, le Parc des Expositions de Toulouse accueillait pour la dixième année consécutive le célèbre Salon de la Qualité Alimentaire (SISQA). Un évènement-phare qui est par ailleurs statistiquement le plus fréquenté de Midi-Pyrénées. L’occasion pour les producteurs régionaux de présenter leur raffinement et de ravir les papilles. Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire s’est même rendu sur place pour lancer les festivités du haut-standing culinaire. Pourtant, les récents évènements prouvent que nombre d’acteurs de l’agriculture française n’ont pas le goût à sourire. Sur place, Toulouse Infos a tenté de soulever quelques lièvres.

 

« Le Ministre? Je ne l’ai pas vu ». Voilà ce qu’ont répondu beaucoup d’exposants qui, au fond, avaient bien d’autres chats à fouetter. Et puis, ils ne sont tout bonnement pas venus pour ça. Leurs préoccupations, mettre en valeur leurs produits et satisfaire des gourmands au portefeuille souvent bien pendu. C’est à peine si les producteurs mettent un visage sur le nom du ministre, dont l’allocution est passée relativement inaperçue. Louis Tweer, un jeune producteur gersois de condiments bio, livre ses impressions sur le bonhomme. « Je pense que ce gars-là a des convictions et qu’il est nourri de bonnes volontés. Mais il n’a aucune chance de changer les choses, si ce n’est faire des avancées minimes » explique t-il. « C’est ce que l’on appelle les chemins de dépendance, c’est à dire l’impossibilité de provoquer autre chose que des changements marginaux » décrypte le producteur. Didier, exploitant de la ferme haut-garonnaise de Cassagnaou, émet un avis plus tranché. « Je ne vois pas la direction qui est donnée. Les efforts et l’argent vont comme toujours vers les filières. Ils s’en foutent de savoir si les producteurs gagnent leur vie » soupire t-il entre deux découpes de viande. « C’est la première fois qu’un ministre vient inaugurer le salon en dix ans d’existence » s’était réjoui en ouverture Martin Malvy, le président du Conseil Régional. Il faut croire que l’homme n’ait pourtant pas fait grande impression.

 

« Ne pas être alarmiste non plus »

La jovialité de l’évènement l’a visiblement emporté sur le reste. Il faut dire que cette année encore, le salon s’est illustré par sa richesse gustative et son sens prononcé de la présentation. Bouteilles, fromages et jambonneaux se sont parfaitement imbriqués dans un festival de couleurs et de scintillements. Un réel engouement traduit dans les comptes de la billetterie. Les exposants, pour qui Sisqa reste un privilège en terme de visibilité et d’impact commercial, n’avaient pas tête à cracher dans la soupe. « On entend beaucoup de choses dans les médias qui ne favorisent pas la consommation » évoque Matthieu, représentant du Label Rouge dans le Limousin. « Dans notre région, on s’en tire bien. On dit que la production et la consommation baissent. C’est le cas, mais il ne faut pas être alarmiste non plus » nuance t-il. Quid de la situation de l’agriculture en Midi-Pyrénées ? Difficile de dévoiler une tendance générale face à la divergence des propos. Pour Lionel Tweer, la région « s’en sort plutôt bien ». L’exploitant de Cassagnaou est lui moins optimiste. « Plus aucun jeune ne va s’installer ici. Il y a même des gens de quarante ans, c’est à dire de mon âge, qui préfèrent stopper leur activité. C’est l’agriculture intensive dans des usines qui arrivent à grand pas dans une dizaine d’années ». Joel Legrand, apiculteur à Lannemezan, confirme. « Les prix des terres agricoles ont doublé. Si je voulais m’installer aujourd’hui, je ne le pourrais pas ».

 

Christophe Guerra

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