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PS: les échos toulousains d’une vraie fausse élection

Harlem Désir, Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, lors des universités PS de la RochelleDévoilée hier, la motion commune de Martine Aubry et de Jean-Marc Ayrault présente Harlem Désir comme premier signataire. L’ancien patron de SOS Racisme, sauf scénario apocalypto-rocambolesque, va devenir numéro un du parti socialiste. Cette liste à vocation majoritaire, puisque d’autorité gouvernementale, sera votée par les militants le 18 octobre. Les résultats seront entérinés une semaine plus tard lors du Congrès de Toulouse. L’occasion pour les élus régionaux d’en toucher deux mots.

 

Au PS, on serre les vis. Pas question de revivre l’imbroglio du Congrès de Reims, où trois candidats avaient prétendu au trône sur fond de querelles intestines. Une désignation contestée, actée à 102 voix près, laquelle avait laissé le parti patauger dans une mare de poison. La rénovation des statuts votée en 2010 a changé la donne. Désormais, seules deux motions peuvent concourir au deuxième tour de l’élection. Autrement dit, il n’y a pour Solferino que deux prétendants possibles, les premiers signataires des listes maintenues. Or, en choisissant d’établir la sienne conjointement à celle du premier ministre, Martine Aubry vient en personne de désigner son successeur, Harlem Désir. Si quatre motions sont aujourd’hui engagées, personne n’imagine les militants socialistes ne pas soutenir massivement la liste impulsée par le tandem des pontes. Surtout après une savoureuse victoire aux présidentielles et la majorité parlementaire acquise dans la foulée. En d’autres termes, l’élection du premier secrétaire du PS n’en est pas vraiment une. Aubry l’a verrouillée de l’intérieur, en quelque sorte. Finalement, le suspens n’aura porté que sur le nom du petit favori. En concurrence avec Jean-Christophe Cambadélis, Harlem Désir a gagné les faveurs d’un jury unique. Ce sera lui, voilà tout.

 

« En quoi ce n’est pas démocratique? »

Dans la presse, les titres ont très vite baigné dans une guéguerre des adjectifs. Les termes « Soviétisation », « Kremlin » ou « apparatchiks » ont ressurgi du fond de leur gouffre. Selon leur ligne, des politiques ont relativisé, d’autres en ont fait un fromage. Christophe Borgel, député PS de la neuvième circonscription de la Haute-Garonne, défend la logique du processus. « La convention stipulant qu’il ne pouvait y avoir que deux candidats au poste a été votée par les militants eux-mêmes. Les socialistes ont estimé qu’avec le parti au pouvoir, il devaient se rassembler auprès du Premier ministre et la première secrétaire. Une grande majorité d’entre eux sont derrière Harlem Désir. Je ne vois pas en quoi ceci est anti-démocratique ». Une opinion en phase avec celle de Carole Delga, députée du Comminges. « La motion Aubry-Ayrault sera largement majoritaire. Les militants ne vont pas se sentir obligés d’y souscrire mais se mobiliser d’eux-mêmes autour d’elle. C’est plutôt un sentiment de vote responsable qui va venir naturellement ». Questionnés quant aux échéances locales, les deux élus bottent en touche. Il faut dire qu’aucun candidat n’est à priori déclaré, pas même l’actuel secrétaire départemental Sébastien Denard, qui « réfléchirait ».

 

D’Aubry à Désir, l’oeil toulousain

Passer le flambeau est toujours source d’interrogations pour celui ou celle qui s’en charge. Difficile à l’heure actuelle de tracer l’avenir de l’ancienne ministre, par ailleurs présidente de la communauté urbaine de Lille. Peut-être qu’à l’heure actuelle, elle-même n’en sait bougrement rien. Christophe Borgel donne quelques pistes. « Indéniablement, c’est une voix politique qui porte et qui compte. Une personnalité d’expérience, à la fois dans l’entreprise et au sein de l’Etat, qui fait autorité. Mais vous savez, un avenir politique est souvent guidé par les circonstances elles-mêmes ». Le député parait moins volubile sur son successeur, sans pour autant discréditer l’homme. « Il y avait deux personnalités avec des qualités respectives. A un moment donné, il fallait faire un choix. Celui-ci s’est porté sur le candidat qui faisait le plus consensus. Il était numéro deux et a assuré un bon intérim lors des primaires du parti. Il y a là une logique de continuité ». Pour Carole Delga, Harlem Désir est le ticket gagnant. « Je suis ravie qu’il ait été choisi. Il possède de grandes qualités de rassemblement, dans la convergence des discussions et a acquis beaucoup d’expérience militante. C’était le candidat naturel ». La tenue du Congrès de Toulouse, les 26, 27 et 28 octobre prochains, officialisera la passation de pouvoir.

 

Christophe Guerra

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