Accueil Articles Une Francis Fourcou : « la Résistance s’est d’abord organisée autour des femmes »

Francis Fourcou : « la Résistance s’est d’abord organisée autour des femmes »

Laurette Alexis-Monet, une volontaire au camp du Récébédou pendant la seconde Guerre Mondiale. « Laurette, 1942 » est un long métrage retraçant l’histoire de Laurette Alexis-Monet, une volontaire au camp du Récébédou pendant la seconde Guerre Mondiale. Inspiré par l’œuvre littéraire de cette dernière, « Les Miradors de Vichy », et de témoignages, ce projet replace le rôle majeur des femmes dans ce conflit. Entretien avec le réalisateur et producteur du film, Francis Fourcou, qui a choisi le crowdfounding pour financer le tournage.

 

TI : Après avoir réalisé « La Vallée des Montreurs d’Ours » en 1997 et « J’aime la vie, Je fais du vélo, Je vais au cinéma » en 2005, vous travaillez actuellement sur le projet « Laurette 1942 » dont le tournage va débuter le 23 juin prochain. Pourquoi ce choix ?

Francis Fourcou : « Laurette » est un projet qui me tenait à cœur parce que je pense que c’est une partie de l’histoire qui a une résonnance ici parce qu’on a oublié ces camps proches de Toulouse. Ce sont des faits qui concernent la zone dite « libre » au moment des grandes rafles de 1942. Là, ce n’était pas la police allemande ou la Gestapo mais bien la police française de Vichy qui était responsable des déportations. Ces faits sont ignorés. La présence de milliers de femmes dans ces camps ainsi que leurs actions a été un élément très important de la Résistance humanitaire et idéologique. Ce n’est pas un film qui est fait pour pleurer le sort de la France mais au contraire pour montrer qu’il y a des jeunes, particulièrement une jeune femme de 19 ans, Laurette, qui arrivent au camp du Récébédou et qui vont combattre courageusement. Cela a une résonnance aujourd’hui car on se questionne souvent sur la question de l’engagement.

TI : Et vous vous êtes appuyés sur le livre de Laurette Alexis-Monet.

FF : La lecture du livre « Les Miradors de Vichy » m’a à la fois subjugué par le témoignage, la force de cette jeune femme et par sa contemporanéité. S’il y a quelque chose d’exceptionnel dans le travail de Laurette, c’est son travail de notation au jour le jour. Elle avait pris note de tout ce qui se passait pour garder la mémoire de ces camps. Le deuxième point important est le sort des femmes pendant cette guerre. Il ne faut pas oublier que la Résistance s’est d’abord organisée autour des femmes parce que les hommes étaient au front, prisonniers. Alors que l’on a de tout temps privilégié l’histoire des hommes, ce projet met en valeur une histoire peu traitée alors que les femmes ont eu un rôle majeur dans cette guerre.

TI : Vous illustrez l’histoire de Toulouse à travers le camp Récébédou. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce dernier ?

FF : Le camp du Récébédou a une dimension historique car il était une « vitrine » pour Vichy. Au départ, le régime voulait en faire un camp-hôpital exemplaire. La situation s’est très vite dégradée avec la propagation de maladies et la malnutrition, comparables aux autres sites d’internement français. Ce n’était pas un camp d’extermination mais néanmoins d’importantes tombes ont été creusées là suite aux nombreux décès à l’intérieur de l’établissement. Mais il n’y avait pas que celui-ci autour de Toulouse. Il y avait également deux autres camps composés essentiellement de réfugiés espagnols arrivés en 1939 et où les conditions étaient similaires. Je pense qu’on a trop oublié que le camp du Récébédou a eu une très grande importance dans l’histoire française car c’est après le début des déportations que l’archevêque de Toulouse, Monseigneur Jules Saliège, s’est activé vigoureusement contre la politique à l’égard des Juifs et a réclamé avec insistance la fermeture des camps. Son message a été diffusé dans les revues clandestines et cela a été un évènement très important pour la Résistance toulousaine.

TI : Mise à part le contenu déjà présent dans le livre-témoignage de Laurette, comment avez-vous récolté les informations nécessaires à ce long métrage ?

FF : Il y a eu un travail d’enquête auprès de gens qui étaient dans ce camp. J’ai rencontré des personnes qui étaient internés au Récébédou, ainsi que quelques-uns qui y avaient travaillé. Sur chaque camp, il y a donc eu un long travail de documentation et de recherche de témoins. Le film dévoilera donc ce travail de recherche, c’est-à-dire une partie sur la vie de Laurette, qui n’est plus de ce monde aujourd’hui, et les témoignages de personne qui ont encore dans leur mémoire tout ce qu’il s’est passé.

TI : Pour finir, vous proposez une coproduction ouverte à tous pour ce projet. Pourquoi ce choix ?

FF : C’est un procédé que je n’ai pas inventé. C’est un système de plus en plus utilisé, qui s’appelle le « crowdfounding ». Cela consiste à faire financer une partie du projet par le public. Ce mode de financement participatif a deux avantages : mobiliser des fonds privés et publics autour de ce film et sensibiliser le public au projet en amont de la production. Dans l’optique de la distribution du film, c’est un élément majeur. (Ceux qui le souhaitent, peuvent donner jusqu’à la distribution du film qui devrait être le 27 janvier 2015)

 

Propos recueillis par Charles Monnet

La rédactionhttps://www.toulouseinfos.fr
Pierre-Jean Gonzalez, rédacteur en chef de toulouseinfos.fr a collaboré avec de nombreux médias avant de prendre la direction du site toulousain, qui existe depuis 10 ans.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici