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Expérimentation des salles de shoot : le débat fait rage à Toulouse

seringueDepuis que la Ministre de la santé Marisol Touraine a promis leurs expérimentations, ces salles de consommation de drogue supervisée à moindre risque suscitent de vifs débats. Toulouse, candidate à l’essai, n’échappe pas à la controverse. Catherine Lemorton, député socialiste de la 1ère circonscription de Haute-Garonne et Pierre Esplugas, porte-parole d’UMP31, explicitent leurs divergences.

 

Toulouse Infos : Quelle est votre position sur l’ouverture de ces salles ?

Catherine Lemorton : Je suis pour. D’une part, ces salles permettraient de superviser le toxicomane, qui aurait ainsi la possibilité de renouer des liens. De l’autre, elles seraient un moyen de diminuer les risques, notamment celui de l’hépatite C. Lorsque vous voyez un jeune s’injecter n’importe comment dans un parking souterrain, cela vous fait réfléchir. Ne soyons pas naïfs, nous n’éradiquerons pas la drogue de l’hexagone. Il y a une telle montée des addictions dans notre pays qu’il faut ouvrir des pistes. Il faut essayer, puis faire un bilan.

Pierre Esplugas : Je suis résolument contre. L’Etat n’a pas à encourager la prise et la consommation de drogue. Il n’a pas à officialiser ni à organiser un trafic de stupéfiants. Que l’Etat devienne en quelque sorte dealer n’est pas une réponse satisfaisante. Il existe des structures médicales adaptées. De plus, l’efficacité de ces salles à l’étranger n’est pas démontrée. Je constate d’ailleurs que des pays comme la Hollande ou l’Espagne, qui avaient une législation souple en matière de drogue, font machine arrière aujourd’hui.

 

TI : Toulouse doit-il tenter l’expérience?

C.L: Je rappelle que c’est un dispositif national qui n’est pas spécifique à Toulouse. Je ne vois pas en quoi la Ville rose ne pourrait pas candidater, puisque d’autres grandes comme Marseille et Paris l’ont déjà fait. Nous savons que Pierre Cohen est favorable à l’expérimentation. Seule la question budgétaire pose aujourd’hui problème, car il faut chiffrer les besoins.

P.E: Toulouse ne doit pas encourager cette consommation organisée. Cela attirerait des populations gênantes et potentiellement nuisibles. Ouvrir des salles de consommation de drogue, ce n’est pas vraiment le moyen de renforcer la qualité de vie de notre ville. Il faut que Pierre Cohen renonce à ce projet.

 

TI : N’est-ce pas de toute façon pour le gouvernement une décision impossible à prendre devant la pression de l’opinion publique que cela engendrerait?

C.L: En politique, il faut du courage. La pression existe, mais il faut y faire face comme cela a été le cas pour l’abolition de la peine de mort. L’opinion publique ne connait pas le sujet, il faut l’informer. Si nous sommes vraiment dans une société humaine, il faut s’adapter à ces gens aujourd’hui complètement délaissés.

P.E: Gouverner, c’est aussi savoir faire preuve de résistance face à cette pression. Une majorité politique doit pouvoir défendre ses choix. Hélas, ce choix-là ne peut qu’ être mauvais. D’autant que la consommation de drogue est une infraction pénale. Il y aurait là une sorte d’incohérence.

 

TI : Sur ce sujet, ne retrouve t-on pas typiquement un traditionnel clivage droite-gauche?

C.L: Non, ce n’est pas une question de partis, c’est un débat social et de santé publique. Je trouve d’ailleurs dommage que Monsieur Moudenc transforme cette question en affrontement politique. Ce positionnement est stupide. Il n’y a que ceux qui ont été confrontés au sujet qui peuvent se comprendre et je pense malheureusement que l’ex-maire de Toulouse n’y connait rien. Je lui rappelle d’ailleurs que le projet est défendu par des élus UMP comme Roselyne Bachelot, Jean-Claude Godin ou encore Nadine Morano.

P.E: Oui et non. Il est vrai que la droite est en général hostile à la légalisation ou la dépénalisation des drogues, tandis que l’électorat de gauche est plutôt souple sur la question. Mais je ne suis pas sur que tous les socialistes approuvent cette expérimentation. Quant aux élus cités par Mme Lemorton, je ne suis pas sûr qu’ils soient favorables à cela. Cela demande vérification.

 

Propos recueillis par Christophe Guerra

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