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Le groupe toulousain Amoul Solo fête ses 10 ans au château de Chambord

Le groupe toulousain Amoul Solo en concertLe groupe toulousain Amoul Solo prépare sa « tournée des 10 ans » dans toute la France ainsi qu’une tournée au Mexique en 2015. Oscillants entre rock festif, engagé et chanson française, ces Toulousains ont déjà trois albums à leur actif. Entretien avec Raphaël, le chanteur.

 

Toulouse Infos : Comment Amoul solo a vu le jour ?

Raphaël : Au départ nous étions seulement deux : un guitariste et un chanteur. Nous faisions essentiellement des concerts dans les bars, mais en 2004, nous avons eu l’opportunité de faire la première partie de Magyd Cherfi, le chanteur de Zebda. À cette occasion, nous avons souhaité agrandir le groupe et avoir une vraie formation. Un second guitariste nous a donc rejoints ainsi qu’un bassiste et un batteur. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que quatre sur scène.

T.I : D’où vient le nom ?

Raphaël : « Amoul Solo » signifie « il n’y a pas de problème » en Wolof, le dialecte sénégalais. Je suis partie durant trois mois au Sénégal et j’en suis revenu chamboulé. Le fait de voir autant d’optimisme dans un univers assez hostile m’a marqué. J’ai donc choisi d’appeler le groupe « Amoul solo » pour faire référence au fait que nous ne sommes pas à plaindre, nos vies sont seulement faites de petits tracas. Le fait de voir des gens capables de sacrifier leurs vies sur des embarcations modestes dans l’espoir d’atteindre un univers meilleur m’a beaucoup fait réfléchir. En revenant de ce voyage, j’ai donc lâché ma profession pour me consacrer entièrement à la musique.

T.I : Pourquoi avoir choisi de chanter en français ?

Raphaël : La langue française s’est imposée comme une évidence. En tant que langue maternelle, c’est pour moi la meilleure façon d’expliquer clairement ce que nous avons à dire. L’anglais est assez efficace pour camoufler des choses qui n’ont pas forcément de sens. Pour aller au fond des idées, je préfère utiliser cette langue. L’univers musical avec lequel j’ai grandi enfant était fait de grands chanteurs-compositeurs français : Brel, Brassens, Léo Ferré… Ces compositeurs ont toujours mis le texte en avant et cela me semble primordial, la musique est au service du texte.

T.I : Comment composez-vous ?

Raphaël : C’est moi qui écris la majorité des textes, même si notre guitariste a quelques compositions à son compte. Sur le dernier album par exemple, j’ai écrit 10 chansons sur 13. J’écris sur la vie de tous les jours, c’est ce qui m’apporte de l’inspiration. Nous avons réalisé trois albums et avec du recul, les textes se suivent. Lors du premier album, j’avais 20 ans et une vision du monde quelque peu idéaliste et un manque d’expérience certain. Le second marque l’évolution car j’avais 30 ans et une situation de vie différente, c’est l’âge auquel j’ai commencé à me poser et cela s’est ressenti dans mes compositions. Pour ce qui est du dernier, c’est une sorte de retour en arrière. À 35 ans, on se rend compte que la vie ne s’est pas déroulée comme on l’aurait souhaité à 20 ans, il y a eu des séparations, des nouvelles rencontres… Quoiqu’il en soit, une fois le texte écrit, je le présente au musicien qui correspond le mieux au style de la chanson. C’est tout à fait variable, mais chaque musicien du groupe a un univers musical assez différent. Nous sommes une sorte de melting-pot qui porte le nom de « rock festif » mais en vérité, il y a aussi du reggae, de la chanson française…

T.I : Peut-on vous qualifier d’artistes engagés ?

Raphaël : Nous ne sommes pas des « artistes engagés » comme certains se font appeler. Si j’avais les solutions pour changer le monde, j’aurais fait politicien, pas musicien. Nous sommes là pour faire un état des choses. Nous mettons des mots sur des situations, des thèmes de la société auxquels nous ne prenons pas forcément parti. Nous sommes très loin du « faites l’amour pas la guerre » mais nous faisons en sorte de parler des sans-papiers, de l’immigration, des thèmes assez larges pour que cela puisse toucher un maximum de personnes autour de nous.

T.I : Quels sont vos projets en cours ? Album, tournée…

Raphaël : A l’occasion des 10 ans du groupe, nous préparons une tournée dans toute la France. Le jour de nos 10 ans, nous ferons un concert dans l’enceinte du château de Chambord, c’est une grande chance de pouvoir jouer sur une scène de cette envergure. Nous sommes en train de créer de nouvelles compositions, mais le projet d’un quatrième album n’est pas encore d’actualité. Nous souhaitons plutôt intégrer d’autres musiciens comme des cuivres et préparer une tournée au Mexique en 2015. Après 10 ans de musique ensemble, nous avons besoin de partir sur un autre univers. Pourquoi ne pas changer de style et arrêter le rock festif…

T.I : Vous jouez actuellement un rôle dans un moyen métrage, pourriez-vous nous en parler un petit peu plus ?

Raphaël : En effet je tourne dans un moyen métrage réalisé par deux Toulousains : Romain Fournier et Simon Battistela. J’ai rencontré les réalisateurs lors d’un concert et leur projet m’a tout de suite convaincu. Ils attachent beaucoup d’importance à tourner des scènes dans la ville de Toulouse et à la faire découvrir à travers le film. C’est un film de zombie qui tourne autour des retrouvailles de deux frères et sœurs. L’essentiel du film porte sur l’évolution psychologique des personnages, d’où son nom : Trans Humans. Le titre pourrait faire penser à la transformation des humains par les zombies mais en réalité c’est de la psychologie des personnages dont il s’agit. D’autres réalisateurs m’ont contacté, ce qui me donne envie d’éventuellement tenter une petite carrière dans le monde du cinéma. Quoiqu’il en soit, l’audiovisuel et la musique sont très liés, avec la réalisation de clips par exemple.

T.I : La semaine dernière, les intermittents sont montés au créneau pour défendre leur régime spécial, ce qui a notamment perturbé le festival Rio Loco. Quel est votre sentiment sur ces revendications ?

Raphaël : Le problème des intermittents est que c’est un combat très vaste et très compliqué. Il est assez délicat de comprendre la précarité de ce statut si l’on n’est pas intermittent. Ce qui me pose problème avec ce statut, c’est qu’en ayant les mêmes droits, certains arrivent à gagner des sommes mirobolantes et d’autres ont vraiment du mal à boucler les fins de mois. J’ai du mal à me situer par rapport à ce problème. Le blocage de Rio Loco par exemple, c’est une pénalisation des spectateurs alors que les vrais responsables sont les décideurs qui ont mis en place ce statut. Il serait plus utile de réfléchir à un nouveau statut pour ces métiers. Si les décideurs veulent tuer la culture, il faut qu’ils continuent ainsi.

 

Propos recueillis par Maud Calves

La rédactionhttps://www.toulouseinfos.fr
Pierre-Jean Gonzalez, rédacteur en chef de toulouseinfos.fr a collaboré avec de nombreux médias avant de prendre la direction du site toulousain, qui existe depuis 10 ans.

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