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Exclu. Jean-Luc Moudenc : « Nicolas Sarkozy doit clarifier sa position »

Jean Luc Moudenc dans son bureau 2
Jean Luc Moudenc dans son bureau. Photo / CTI

Cinq mois après son élection à la mairie de Toulouse, Jean-Luc Moudenc revient pour Toulouse Infos sur son projet de troisième ligne de métro, sur l’importance de la Métropole qui va naître le 1er janvier prochain et sur ses relations tendues avec Pierre Cohen. Le président de l’UMP 31 en profite également pour encourager Nicolas Sarkozy à clarifier sa situation et incite l’UMP à changer de nom. Entretien.

 

Toulouse Infos : Lors de l’interview publiée ce lundi sur notre site, vous confirmez votre ambition de mener à bien des projets structurants comme la troisième ligne de métro notamment. Où en êtes-vous concernant cette dernière ?

Jean-Luc Moudenc : Le processus d’étude est en préparation. Nous savons, par expérience, qu’il faut au moins trois années d’études avant d’entrer dans la phase des travaux. Notre objectif, je l’ai toujours dit, est que la troisième ligne de métro soit opérationnelle en même temps que l’arrivée du TGV. Le gouvernement ayant annoncé l’an passé que le TGV arrivera à Toulouse en 2024, mon calendrier de mise en service est donc 2024.

Toulouse Infos : Dans 4 mois va naître la Métropole, cette nouvelle strate est-elle pertinente ?

Jean-Luc Moudenc : La métropole n’est pas une strate de plus, c’est le renforcement de l’intercommunalité. Et je pense que ça va dans le bon sens. J’avais même défendu à l’Assemblée nationale l’idée qu’il fallait aller encore plus loin en attribuant aux Métropoles les compétences du département. Je constate que l’idée a fait son chemin à travers la loi NOTR (Nouvelles Organisations territoriales de la République) qui va être discutée au parlement à l’automne. Elle va encore renforcer les compétences des Métropoles, et va leur accorder une bonne partie des compétences départementales. Je souhaite évidemment que les moyens suivent, et que nous n’ayons pas que des dépenses nouvelles à financer, mais cette réforme va simplifier la vie des gens et permettre aux Métropoles de peser plus et de rayonner davantage au niveau national et européen.

Toulouse Infos : Quelles vont être les compétences de la Métropole ? Avez-vous déjà désigné des postes budgétaires de la ville que vous comptez transférer ?

Jean-Luc Moudenc : On va en discuter avec mes collègues. Il n’est pas question que le maire de Toulouse, unilatéralement, décide de mettre telle ou telle compétence, aujourd’hui communale, au niveau métropolitain. Nous aurons des débats avec mes collègues et les 36 maires des communes pour savoir quelles compétences nouvelles on accepte de transférer. La question de la culture et du sport va être sur la table des débats, et puis il y en aura d’autres… en plus de ce que la loi obligera. L’électricité, par exemple, deviendra en janvier une compétence métropolitaine.

Toulouse Infos : Pierre Cohen a souvent dit que vous n’aviez pas de vision de la Métropole, que lui répondez-vous ?

Jean-Luc Moudenc : Je parle de la Métropole très souvent. Les grands projets structurants que je défends sont des projets d’intérêts métropolitains. Quand on parle de troisième ligne de métro, on parle Métropole. Mais comme il (Pierre Cohen) a impulsé la création de la communauté urbaine, devenue Métropole, je pense qu’il y a un petit sentiment d’appropriation personnel qui subsiste. Mais ce n’est pas grave, ça lui passera.

 

« J’ai le sentiment que Pierre Cohen n’a toujours pas accepté sa défaite »

 

Toulouse Infos : Lors d’une interview que Pierre Cohen nous a accordée peu après sa défaite, ce dernier a affirmé n’avoir « ni la même vision, ni la même pratique de la politique, ni le même tempérament » que vous. « Je ne le connais pas, mais je n’aime pas sa vision de la politique », a-t-il ajouté. Qu’avez-vous à répondre à Pierre Cohen ?

Jean-Luc Moudenc : Je conçois que lui et moi avons une conception radicalement différente de l’exercice des responsabilités publiques. Moi je vais vers les gens, j’écoute, je communique, je préfère le pragmatisme à l’idéologie, je préfère le rassemblement à l’autoritarisme, ça ne me dérange pas de travailler avec des gens qui sont du bord opposé… je pourrais continuer longtemps en forme de litanie la liste des points qui différencient nos personnalités et nos pratiques politiques respectives. J’ai le sentiment qu’il n’a toujours pas accepté sa défaite. Et je peux, d’expérience, affirmer que quand on subit une défaite, il faut accepter l’idée que l’on a une part de responsabilité dans celle-ci.

Toulouse Infos : Il évoque également un parcours cohérent de sa part et parle d’opportunisme pour qualifier le vôtre…

Jean-Luc Moudenc : Je retrouve là une attitude très ancienne chez lui, qui consiste à donner des leçons, à penser que lui seul est bien, que lui seul a un projet, que l’adversaire est par définition 100% mauvais… C’est une conception binaire des choses qui m’est totalement étrangère. Moi je respecte Pierre Cohen. Je déplore bien sûr les défauts qui sont les siens, mais j’ai su souvent, et publiquement, lui reconnaître des qualités. Je sais que je n’ai pas à attendre une attitude réciproque de sa part.

 

« Refonder l’UMP sur de nouvelles bases et sans doute avec un nouveau nom »

 

Toulouse Infos : Vous avez décidé de ne pas démissionné de votre poste de président de l’UMP31. Pourquoi ce choix ?

Jean-Luc Moudenc : Je vais exercer ma responsabilité de président de l’UMP 31 jusqu’au bout du mandat qui m’a été confié. Les adhérents me l’ont demandé avant les élections et je leur ai répondu que je ne les laisserai pas tomber. Par contre, je ne me représenterai pas, car j’estime qu’être maire de Toulouse, et être président de parti politique, ne vont pas ensemble. C’est ma conception des choses.

Toulouse Infos : L’UMP est en lambeau depuis l’affaire Bygmalion, où en est la section locale ?

Jean-Luc Moudenc : Elle est loin de tout ça. On est étranger à tout ça, et même désolé, écœuré. Nous avons réussi à tenir cette fédération en dehors des histoires, et en dehors des querelles. Chacun sait qu’il y a des querelles au niveau national, mais qu’elles ne sont pas reproduites ici localement. Et j’y veille tout particulièrement.

Toulouse Infos : Vous êtes un proche de Copé et de Juppé, Sarkozy prépare son retour, Fillon ne lâche rien, il va bien falloir prendre parti. De quelle personnalité vous sentez-vous le plus proche ?

Jean-Luc Moudenc : Le paysage des candidatures futures, que ce soit à la présidence de l’UMP, et à plus tard à la candidature de la présidence de la République, est loin d’être en place. On verra à ce moment-là. On ne peut se prononcer que lorsque toutes les données sont connues, que toutes les personnalités se sont déclarées, ce qui est loin d’être le cas. Je ne me mêlerai d’aucunes querelles, et je pense d’ailleurs que les Toulousains ne m’ont pas élu pour que je me mêle des querelles nationales de l’UMP. Ils attendent de moi que je me consacre, comme je leur ai dit, à la ville et à la métropole.

Toulouse Infos : Le retour de Sarkozy est-il souhaitable ?

Jean-Luc Moudenc : Le préalable est qu’il clarifie lui-même sa position en livrant ses intentions pour les échéances à venir. Quoi qu’il en soit, l’hypothèse du retour, entre guillemets, de Nicolas Sarkozy, ne pourra prendre corps que si ce retour fédère largement les personnalités et les sensibilités de sa famille politique dans un premier temps, et suscite l’adhésion des Français dans un second temps.

Toulouse Infos : L’UMP doit-il changer de nom ?

Jean-Luc Moudenc : Je suis partisan de refonder l’UMP sur de nouvelles bases et sans doute avec un nouveau nom. Il faut tourner la page, reconnaître qu’il y a eu des erreurs, que l’on en tient compte et que l’on ne fait pas comme si rien de s’était passé. Ce parti doit se reconstruire autour de la nouvelle génération, mais l’apport d’une génération plus expérimentée (Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin par exemple), est indispensable.

Toulouse Infos : Pour terminer, votre statut de maire de la 4e plus grande ville de France va inévitablement vous rendre ministrable si la droite passe en 2017. Vous serez alors plus Dominique Baudis ou Philippe Douste-Blazy1 ?

Jean-Luc Moudenc : Une fois de plus, il faut être cohérent, il faut être logique, et il faut respecter ses engagements. Les Toulousains attendent de moi que je m’investisse totalement dans mon rôle de maire de Toulouse et président de la métropole. J’aurais pu rester député-maire jusqu’en juin 2017, mais je ne l’ai pas fait parce que j’estime que mon travail au service des Toulousains nécessite un investissement total. Mon intention n’est pas de me disperser dans la politique nationale, par contre, mon rôle, en tant que maire de 4e ville de France, n’est pas celui de maire de village. Je sais bien que beaucoup de décisions se passent à Paris et qu’il faut travailler avec les autorités nationales. C’est ce que je fais aujourd’hui. Le gouvernement n’est pas de ma tendance, mais je travaille avec lui tout simplement parce que c’est dans l’intérêt de Toulouse et de la métropole.

 

Propos recueillis par Guillaume Truilhé avec l’aide de Nicolas Drusian

 

1. Dominique Baudis a toujours refusé les postes ministériels qui lui ont été proposés alors que Philippe Douste-Blazy a quitté la mairie de Toulouse en 2004 pour le ministère de la Santé et de la Protection sociale.

La rédactionhttps://www.toulouseinfos.fr
Pierre-Jean Gonzalez, rédacteur en chef de toulouseinfos.fr a collaboré avec de nombreux médias avant de prendre la direction du site toulousain, qui existe depuis 10 ans.

3 Commentaires

  1. Entendre JL Moudenc dire aujourd’hui que l’UMP devrait changer de nom, et d’ajouter: ” Nous avons réussi à tenir cette fédération en dehors des histoires, et en dehors des querelles”…est franchement osé me semble-t-il, de la part d’un maire qui doit beaucoup à JF Copé et à “ses manières” tellement décriées dans la presse, encore récemment.

  2. Une précision… Il me semble que c’est pour le ministère des affaires étrangères que Philippe Douste-Blazy a quitté la fonction de maire de Toulouse. C’est auparavant qu’il a occupé les fonctions du ministère de la santé et celui de la culture.

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